Grand Marché de Ouagadougou

En Afrique, les marchés traditionnels sont bien plus que de simples espaces d’échange. Ils incarnent une culture vivante, une résilience économique et une capacité d’innovation qui inspire à la fois le continent et le monde entier. De leurs ruelles animées aux produits uniques qu’ils proposent, les marchés africains sont de véritables laboratoires d’innovation culturelle, sociale et technologique.

 

Des centres d’innovation culturelle et de préservation des traditions

 

Les marchés africains sont un miroir de la diversité culturelle du continent. Chacun d’entre eux raconte une histoire à travers ses produits, ses couleurs, ses odeurs et son animation.

Le marché de Kejetia à Kumasi, Ghana : Ce marché, le plus grand d’Afrique de l’Ouest, est un centre névralgique pour les artisans du tissu Kente. Ces tissus, riches en motifs et en couleurs, sont utilisés pour des cérémonies traditionnelles, mais ils ont également conquis le monde de la mode internationale. Des créateurs comme Stella McCartney ou Virgil Abloh s’en inspirent pour leurs collections.

Le marché Jemaa el-Fna à Marrakech, Maroc : Classé au patrimoine immatériel de l’UNESCO, ce marché est une scène ouverte où les conteurs, musiciens, et acrobates se mêlent aux vendeurs de produits artisanaux. C’est un véritable carrefour culturel qui attire des millions de visiteurs chaque année, tout en valorisant le savoir-faire marocain.

Le marché Makola à Accra, Ghana : Ce marché propose une multitude de produits allant des bijoux artisanaux aux tissus locaux comme le “wax”. Il est le cœur vibrant de la capitale ghanéenne et un modèle de synergie entre tradition et modernité.

 

Ces marchés ne se contentent pas d’exposer des produits ; ils servent aussi de plateformes pour raconter l’histoire des communautés. À travers un simple objet, comme un panier tissé ou une statuette en bois sculpté, c’est une tradition qui est préservée et partagée.

 

Un moteur économique pour les communautés locales

 

Les marchés africains sont des piliers économiques, jouant un rôle crucial dans la création de revenus pour des millions de familles. Dans certains cas, ils sont même le principal moyen de subsistance pour des communautés entières.

Le marché Gikomba à Nairobi, Kenya : Spécialisé dans la revente de vêtements d’occasion, ce marché illustre la manière dont les Africains réinventent l’économie circulaire. Les vêtements importés sont transformés et revendus, soutenant ainsi l’emploi local et réduisant les déchets textiles.

Le marché Sandaga à Dakar, Sénégal : Ici, des produits locaux, comme le poisson séché ou les arachides, côtoient des produits importés. Ce marché illustre parfaitement le rôle des commerçants dans la chaîne de valeur, reliant les producteurs ruraux aux consommateurs urbains.

Le rôle des femmes : Dans de nombreux marchés africains, les femmes jouent un rôle dominant. Elles sont à la fois commerçantes, gestionnaires et responsables de la distribution. Par exemple, au marché Dantokpa à Cotonou, Bénin, les “Nanas Benz”, célèbres commerçantes de tissus wax, sont devenues des icônes de l’entrepreneuriat féminin.

 

Un espace pour l’innovation technologique

 

Loin d’être figés dans le passé, certains marchés africains adoptent des solutions technologiques pour répondre aux défis modernes.

Plateformes numériques : Au Nigéria, des startups comme Farmcrowdy permettent aux agriculteurs locaux de connecter leurs produits directement aux acheteurs, court-circuitant ainsi les intermédiaires. Cette initiative, associée à des marchés physiques, booste les revenus des producteurs tout en rendant les produits locaux plus accessibles.

Paiements mobiles : Le système M-Pesa au Kenya est une révolution pour les commerçants de petits marchés comme Gikomba. Ils peuvent désormais accepter des paiements numériques, ce qui leur permet d’accroître leurs ventes et d’attirer des clients plus jeunes. C’est également le cas dans toute l’Afrique de l’ouest où le mobile banking remplace peu à peu l’argent liquide et permet au commerçant d’éviter les voles et les attaques à mains armées.

Modernisation de l’infrastructure : Au Rwanda, le gouvernement a investi dans la rénovation du marché Kimironko à Kigali, en introduisant des zones dédiées à des catégories spécifiques (artisanat, produits agricoles) et en améliorant les installations sanitaires. Ces efforts rendent les marchés plus attractifs pour les consommateurs tout en augmentant les revenus des commerçants.

 

 

 

Un défi à relever : préserver et moderniser

 

Malgré leur importance, les marchés africains font face à des défis croissants :

Urbanisation rapide : Dans des villes comme Lagos ou Johannesburg, la pression pour moderniser les infrastructures met en péril certains marchés traditionnels. Des initiatives doivent être prises pour intégrer ces marchés dans les plans d’urbanisation sans détruire leur essence.

Concurrence internationale : Les produits importés, souvent à bas prix, mettent les commerçants locaux en difficulté. Un soutien gouvernemental, sous forme de subventions ou d’exemptions fiscales pour les produits locaux, pourrait renforcer leur compétitivité.

Éducation et formation : Les commerçants doivent être formés à l’utilisation des nouvelles technologies et des outils marketing modernes pour élargir leur portée. Des ateliers comme ceux organisés par des ONG au Kenya montrent qu’il est possible d’allier tradition et innovation.

 

Comment soutenir les marchés africains ?

 

En tant qu’Africains et membres de la diaspora, voici quelques actions concrètes pour soutenir ces marchés :

Achetez localement : Valorisez les produits faits main, qu’il s’agisse d’artisanat, de vêtements ou de nourriture. Chaque achat est un investissement dans l’économie locale.

Partagez sur les réseaux sociaux : Mettez en avant les histoires des artisans, des commerçants et des produits uniques que vous découvrez. Cela peut attirer plus de visiteurs et clients potentiels.

Organisez ou participez à des événements culturels : Des expositions ou des marchés éphémères mettant en lumière les produits africains peuvent avoir un grand impact, surtout dans les pays occidentaux où la diaspora est active.

 

Un patrimoine vivant à protéger

 

Les marchés africains ne sont pas que des lieux de commerce ; ils sont le cœur battant de la culture, de l’innovation et de la solidarité communautaire. En les valorisant, nous préservons un héritage précieux tout en construisant une Afrique plus prospère et unie.

 

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