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Redéfinir l’écosystème francophone : vers une vision d’avenir ancrée à Kinshasa

Contexte et enjeux stratégiques
La Francophonie traverse aujourd’hui un moment décisif. L’élection prochaine du futur Secrétaire général de l’OIF offre à la République démocratique du Congo l’opportunité de porter une vision renouvelée de la coopération francophone : inclusive, interculturelle et tournée vers le Sud-Sud global.

Le Manifeste de Kinshasa s’inscrit dans cette perspective. Il s’inscrit également dans le contexte de la candidature officielle de Mme Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire général de l’OIF, annoncée par le gouvernement congolais. Cette démarche illustre la volonté de Kinshasa de promouvoir une Francophonie plus moderne, inclusive et proche des peuples, capable de soutenir les transitions culturelles, numériques et sociales qui traversent l’espace francophone.

Mme Juliana Amato Lumumba, Candidate au poste de Secrétaire Générale de l'OIF
Mme Juliana Amato Lumumba, Candidate au poste de Secrétaire Générale de l’OIF

 

Le Manifeste propose :

• de redéfinir la Francophonie comme un écosystème vivant de cultures, d’histoires et de peuples,
• de promouvoir l’interculturalité et l’altérité au cœur des relations internationales,
• de faire de Kinshasa un laboratoire francophone, à travers la création d’une Université internationale de la Francophonie, lieu de dialogue, de formation et de recherche.


Ce texte constitue à la fois un appel à la réflexion et une proposition concrète d’action, destinée aux décideurs, intellectuels et acteurs de la société civile. Il souligne que l’avenir de la Francophonie dépend de sa capacité à allier vision, humilité et créativité collective.

 

Par Benoist Mallet Di Bento

 

Benoist Mallet Di BentoConsultant en stratégie territoriale & géopolitique culturelle Spécialisation intelligence culturelle, francophonie et coopération internationale Administrateur de réseaux francophones
Benoist Mallet Di Bento
Consultant en stratégie territoriale & géopolitique culturelle
Spécialisation intelligence culturelle, francophonie et coopération internationale
Administrateur de réseaux francophones

 

Ce texte propose une réflexion profonde sur la Francophonie contemporaine, articulant héritage historique, diversité culturelle et responsabilités partagées. Il vise à repenser la Francophonie comme écosystème vivant de cultures et de peuples, promouvoir l’interculturalité et l’altérité, et offrir une vision d’avenir incarnée par une Institut internationale à Kinshasa, laboratoire de dialogue et d’innovation culturelle. Le Manifeste est rédigé dans un registre philosophique et diplomatique, accessible aux intellectuels, chercheurs et décideurs, et met en lumière le rôle central de l’Afrique et des autres continents dans la construction d’un universalisme vivant, fondé sur le respect et la co-création.

         I. La Francophonie, entre mission et partage

La Francophonie est née d’une conviction universelle. Dès ses origines, les pères fondateurs de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT) – qui deviendra l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) – ont voulu transmettre des valeurs qu’ils estimaient destinées à tous. La langue française apparaissait comme un bien commun dépassant ses locuteurs initiaux, avec l’élan premier de porter une richesse culturelle et humaine. Cependant, cette vision de mission universelle est aujourd’hui critiquée, perçue par beaucoup comme une domination ou une aliénation héritée de la colonisation, transformant l’universalisme autrefois perçu comme un don en une imposition. Cette tension impose une introspection : la Francophonie doit-elle rester une vérité à transmettre ou devenir un espace d’échanges où plusieurs vérités se rencontrent? Le défi est de passer d’une Francophonie de la mission à une Francophonie du dialogue, réinventant l’universel non comme une vérité imposée, mais comme un espace commun de traduction et de co-création. La Francophonie a le rôle d’accueillir et de relier, apprenant l’humilité pour préserver les écho-systèmes vivants que sont les peuples, sachant que la diversité est une force et l’uniformité une menace. Ces dynamiques reflètent les tensions entre uniformisation globale et préservation des identités culturelles.

 

           II. Qu’est-ce que la culture ?

La culture n’est pas qu’un ensemble de coutumes, mais la forme historique d’expression d’une communauté, sa manière de se comprendre et d’organiser sa vie collective. Elle porte une dimension de connaissance, de valeurs et de praxis sur la manière d’être humain et de fonder une communauté juste, où l’épanouissement individuel passe par la communauté. La culture relie l’homme à une histoire commune et est historiquement liée au divin et à une quête de sens, ouvrant au sacré. Elle n’est pas figée, se transformant au contact de nouvelles réalités, et une culture vivante, capable d’accueillir, progresse vers plus de vérité et d’humanité. La culture est une forêt vivante où chaque arbre est unique mais participe à un même équilibre ; si l’on en abat une, l’écosystème s’appauvrit.

         III. Vers l’interculturalité

Il faut préférer le terme d’interculturalité à celui d’inculturation. Les rencontres entre cultures, bien que parfois marquées par la domination, peuvent être fécondes et libérer des potentialités. L’interculturalité repose sur deux convictions : l’unité de l’humanité touchée par la vérité, et la finitude de l’homme, où aucune culture ne possède toute la vérité. Chaque culture est une mosaïque appelée à se compléter par d’autres dans une co-création, car une culture qui accueille l’autre s’élève. Ces idées rejoignent les pensées de la tradition jésuite sur la valeur de l’altérité.

 

          IV. Francophonie et culture

La Francophonie est une réalité culturelle vivante, façonnant une manière de vivre ensemble, mûrie dans une histoire de brassages et de résistances. Elle constitue un espace historique et symbolique transcendant les frontières, formant un « peuple » qui dépasse les appartenances locales sans les abolir, permettant une double appartenance féconde.

 

          V. Des histoires différentes, une communauté partagée

La Francophonie réunit près d’une centaine de pays aux histoires diverses : certains marqués par la colonisation, d’autres ayant rejoint l’OIF par choix libre. Ces histoires ne doivent pas s’opposer : les premiers ont transformé une langue imposée en espace de liberté, les seconds incarnent l’adhésion volontaire à un bien commun. La Francophonie doit reconnaître ces deux aspects, car son unité naît de cette rencontre entre héritage et choix, faisant d’elle un écosystème vivant et non un bloc uniforme.

 

           VI. Défis contemporains: relativisme, domination et uniformisation

Le relativisme moderne, affirmant que toutes les cultures se valent et qu’aucune ne peut prétendre à l’universel, réduit la vérité à la majorité ou à l’efficacité technique. Cela réduit la Francophonie à une simple coquille institutionnelle. Le danger est de succomber à une uniformisation économique et culturelle, un matérialisme consumériste qui appauvrit les écosystèmes culturels. La Francophonie doit redevenir une écologie des cultures, une école d’altérité montrant que son universalité est une capacité de transformation.

        VII. Conclusion: une communauté vivante, un espace d’humilité, de rêve et de sacré

La Francophonie est une réponse à une crise de civilisation marquée par la fatigue du matérialisme et la perte d’horizon de sens. Le danger est de réduire l’homme à sa fonction de producteur et consommateur, oubliant qu’il est un être de mémoire, de rêve et de sacré. La diversité des langues et des récits est indispensable à la survie de l’humanité. La Francophonie doit apprendre l’humilité, rompre avec la tentation de dominer, et devenir un espace de partage pour incarner une civilisation du lien. L’Afrique, l’Asie, l’Europe, les Amériques et l’Océanie sont les poumons culturels du renouveau de l’espérance humaine, dont la jeunesse porte un message nécessaire au monde. La Francophonie peut aider à construire une mondialisation humaine qui replace l’homme au cœur de sa vocation.

          VIII. Manifeste de Kinshasa: pour un Institut internationale de la Francophonie

La Francophonie doit se doter d’un lieu où son souffle s’invente : Kinshasa. Au croisement des cultures, Kinshasa incarne la vitalité de la jeunesse francophone. Nous appelons à la création d’un Institut international de la Francophonie à Kinshasa, laboratoire de l’interculturalité, écosystème de savoirs et de rêves, et espace de diplomatie culturelle. Cet institut est une nécessité pour cette communauté de destin qui a besoin d’une maison commune, et cette maison sera Kinshasa.

Si la Francophonie ose ce souffle et cette humilité, elle peut devenir un acteur majeur du troisième millénaire, offrant au monde une langue de rêve et d’altérité, et une invitation à bâtir ensemble une humanité plus juste, libre et vivante.

Vous pouvez accéder à l’intégralité du manifeste en cliquant ici

 Benoist Mallet Di Bento
Consultant en stratégie territoriale & géopolitique culturelle
Spécialisation intelligence culturelle, francophonie et coopération internationale
Administrateur de réseaux francophones

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